Tuesday, November 8, 2011

Cet espace gris de 2:06 dans “Le Samouraï" de Jean-Pierre Melville

« Il n’y a pas de plus profonde solitude que celle du Samouraï si ce n’est celle d’un tigre dans la jungle... peut-être… »


"Le Samouraï" de Jean-Pierre Melville est sorti dans les salles de Paris le 25 Octobre 1967. En pleine période psychédélique, voici un film sorti de la grisaille, de l’austérité et du minimalisme d’une autre époque. Les seules couleurs qu’on souvient du film ce n’est que le regard bleu glacial d’Alain Delon et le gris de la chambre qui loue. L’incarnation parfaite de Jef Costello. Un tueur professionnel, une gabardine au col relevé, un visage comme une masque sans aucune expression sous un beau chapeau. La solitude n’était jamais stylistiquement si parfaite.



Mais ce surtout la scène du début du film qui nous marquent pour toujours. La scène contient déjà les deux principaux protagonistes du film: Jef et le bouvreuil. Dans cette chambre figée dans le temps, pas un mot est prononcé. Les seules épreuves de vie sont le gazouillement de l’oiseau et la fumée d’une cigarette qui monte vers le plafond. “... Fumée... ne pas penser... Je ne veux pas penser... Je pense que je ne veux pas penser. Il ne faut pas que je pense que je ne veux pas penser. Parce que c’est encore une pensée. On n'en finira donc jamais?...” (extrait de la “Nausée” de Sartre) 



Delon va se lever et il était une fois un samedi 4 avril, 6 heures du soir... Le visage de Delon dans le miroir, sans expression, moitié caché dans l’ombre me rappelle un extrait du livre de Yukio Mishima "Les Bruits des vagues" de 1954: “ ... Chiyoko était certaine des avantages d’avoir un visage si laid comme elle pensé que c’était le sienne: si un tel visage pourrais s’endurcir d’avantage dans son moule, il cacherais des sentiments beaucoup plus efficacement qu’un beau visage...”. 


C’est ainsi que la beauté et la froideur de Jef ne suffisent pas à cacher la pesanteur de la nausée. Quand il ferme la porte derrière lui à la fin de cette magnifique séquence, la musique de François De Roubaix s’éteint et le film commence. Mais tout a déjà était dit dans cet espace gris de 2 minutes et 6 secondes.     





4 comments:

  1. Magnifique séquence, magnifique texte. Merci!

    ReplyDelete
  2. hi

    i just found your blog via bela tarr

    thank you

    ar

    ReplyDelete